1944 - La prise du Pegasus Bridge

Le 6 juin 1944, à minuit et seize minutes, un commando spécial britannique vient d’attaquer deux ponts à proximité de Caen, à Bénouville et Ranville, afin de faciliter la conquête des plages du Débarquement. En plein secteur délégué aux Britanniques, le major John Howard et ses 181 hommes doivent arriver le plus discrètement possible sur place. Pour cela, des planeurs Horsa ont été réquisitionnés et traversent le ciel normand jusqu’aux ponts. De là, les commandos doivent neutraliser les défenses allemandes et capturer les ponts intacts. Une opération de haut vol, menée par ceux qu’on appelle les Pégases, qui vont réaliser un exploit et donner son nom au pont de Bénouville qui deviend, par la suite, le Pegasus Bridge.

 

Assault on pegasus bridge osprey publishing

Illustration des combats entre Britanniques et Allemands sur le pont Pegasus Bridge. ©Ken Ford © Osprey Publishing, part of Bloomsbury Publishing

 

L’opération Deadstick et le Débarquement de Normandie

Au cours de l’année 1944, le débarquement en France devient une nécessité absolue pour gagner la guerre en Europe. L’opération « Overlord » est donc mise sur pied et rassemble des centaines de milliers d’hommes, de navires et du matériel en abondance. Elle doit avoir lieu au début du mois de juin et se situer dans une zone stratégique, telle que la Normandie. Les plages du Cotentin et du Calvados ont été choisies, avec des noms aujourd’hui rentrés dans l’histoire : Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword.

Mais pour le commandement allié, il est important de contrôler aussi les flancs de l’opération et de neutraliser les moyens de communication et logistiques allemands. C’est pour cela qu’une préparation du terrain est rendue nécessaire et déléguée aux troupes aéroportées américaines et britanniques. Dans le secteur britannique, à l’est, le canal de Caen et l’Orne apparaissent comme des frontières idéales pour délimiter le débarquement. D’autant plus qu’il n’existe qu’un passage entre la mer, au nord, et Caen, au sud, les ponts de Bénouville et Ranville. Le premier permet de transverser le canal de Caen et le second, l’Orne. Ils sont espacés d’à peine 500 mètres. Ces derniers sont très stratégiques car ils permettent de faire le lien entre, à l'ouest, la zone du débarquement et, à l’est, la région où la 6e division aéroportée est censée venir perturber les arrières allemands. Si les ponts restaient entre les mains des Allemands, ces derniers pourraient les utiliser pour lancer une contre-attaque sur les flancs anglais. La 21e Panzerdivision, localisée à Caen, représentait alors une menace de taille car en peu de temps elle pouvait franchir les ponts et arriver sur les plages. Capturer et garder ces ponts étaient donc un objectif essentiel pour le débarquement britannique.

 

Carte pegasus bridge

Plan de la zone d'opération des ponts de Bénouville et Ranville

 

La mission, surnommée Deadstick, était audacieuse. Loin dans les lignes ennemies, les soldats seront aérotransportés, c’est-à-dire amenés directement sur le site par des véhicules, et non aéroportées comme les parachutistes qui doivent faire la liaison entre un avion dans le ciel et le lieu de l’opération. Ce choix a été privilégié afin d’éviter une trop grande dispersion des troupes au sol, ce qui ralentirait le déroulement de la mission et la mettrait en péril. À la place, les hommes seront transportés dans des planeurs Horsa, tractés par des bombardiers Halifax. Une fois au-dessus de la zone, les planeurs se détachent et amènent les hommes au plus près des ponts. De là, les soldats britanniques doivent prendre très rapidement le contrôle des ponts en neutralisant les défenses et les potentielles charges explosives qui auraient pu les détruire.

Le commandant de la 6e division aéroportée britannique, le major-général Richard Gale, choisit pour cette mission le major John Howard, chef de la Compagnie D du 2e bataille Oxfordshire et Buckhinghamshire Light Infantry (surnommé les Ox and Bucks), soit 4 pelotons d’environ une trentaine d’hommes chacun. Il obtient le rajout de deux pelotons de la Compagnie B ainsi que trente membres des Royal Engineers de la 249e compagnie aéroportée du capitaine Jock Neilson.

 

Portrait du major john howard

Portrait du major John Howard

 

À partir du mois de mai 1944, Howard impose à ses hommes un entraînement infernal. Il les met dans des situations de stress intense pour les habituer au combat et multiplie les scénarios possibles. Il fait reproduire les ponts de Bénouville et Ranville dans le sud de l’Angleterre, sur le fleuve Exeter, et réalise même des attaques de nuit. Les planeurs sont, quant à eux, pilotés par des aviateurs chevronnés, qui ont la lourde tâche d’amener ses hommes au plus près de la zone, dans le nord complet, parfois sans visibilité et avec une utilisation totale des instruments de bord. De plus, le commandement a fait le choix de déposer les hommes entre les deux ponts, soit sur une bande de terre d’à peine 500 mètres de large, marécageuse et boisée à certains endroits. Le défi est de taille.

À la fin du mois de mai 1944, les soldats et pilotes se rejoignent à la base aérienne de Tarrant Rushton, dans la région du Dorset. De là, ils vont embarquer pour un vol d’environ une heure vers la Normandie. Cette opération devait être la première du Débarquement.

 

Photographie d un planneur horsa

Photographie d'un planeur Horsa avec des soldats britanniques

 

La prise des ponts de Bénouville et Ranville

Peu avant 23 h 00, le 5 mai 1944, les hommes d’Howard se répartissent dans six planeurs Horsa sur le tarmac. C’est alors qu’il les informe de leur objectif. Les planeurs sont divisés en deux groupes de trois équipages, chacun devant s’occuper d’un pont. Howard, qui occupe le planeur n°1, dirige le groupe de Bénouville, tandis que son second, le capitaine Brian Priday, dans le planeur n°4, doit prendre celui de Ranville. À 22 h 56, le premier bombardier Halifax prend son envol, suivi par les autres par intervalle d’une minute.

Volant à une altitude de 7 000 pieds (plus de 2 000 mètres), le convoi a vite été repéré par la défense antiaérienne allemande, qui fait rapidement entendre ses canons Flak. Cependant, la nature de l’opération reste secrète. Les Allemands ne soupçonnent pas la présence des planeurs qui sont cachés dans la nuit noire. De plus, les bombardiers volent à une altitude réservée aux bombardements et non aux largages de troupes. C’est d’ailleurs pour cela que le vol est particulièrement éprouvant pour les hommes qui doivent compter sur un planeur non pressurisé et donc perméable au froid. Malgré cela, à 00 h 07, le matin de 6 juin, les bombardiers Halifax détachent leur cargaison. En une dizaine de minutes, les planeurs parviennent sur le lieu d’opération.

 

Interieur d un planneur horsa avec commandos britanniques

Photographie de l'intérieur de l'un des planeurs Horsa avec des parachutistes britanniques

 

Le planeur d’Howard, piloté par le sergent Jim Wallwork, parvient à se mettre dans l’axe de la bande de terre et vient poser l’appareil. L’impact au sol est violent, certains hommes sont soulevés de leur siège. Propulsé à près de 30 km/h et glissant sur plusieurs dizaines de mètres, Wallwork s’arrête à seulement une cinquantaine de mètres du pont. L’atterrissage est réussi, mais non sans mal. Wallwork et son copilote, au moment de l’arrêt, sont propulsés en dehors du cockpit et s’évanouissent. Le major Howard est, quant à lui, sonné après un choc à la tête contre la carlingue. C’est donc son second dans le planeur, le lieutenant Den Brotheridge, qui prend la tête des hommes et part à l’assaut du pont.

Malgré le choc de l’impact, les défenses allemandes ne sont pas alertées. Pour camoufler leur rôle de transporteurs de planeurs, les bombardiers Halifax avaient également reçu pour mission de bombarder une usine de ciment plus loin. Le bruit des bombes a donc rassuré les Allemands qui pensent que l’attaque était terminée. Le bruit de l’atterrissage, pourtant retentissant, a, quant à lui, été associé au crash d’un bombardier, détruit par le flak. C’est donc dans la plus grande surprise que les sentinelles découvrent le détachement de Brotheridge qui se dirige, dans la pénombre, vers le poste de commandement du pont de Bénouville. Tandis que l’une des sentinelles s’enfuit, l’autre lance une fusée éclairante pour alerter le reste de ses compatriotes. Brotheridge le tue immédiatement d’une rafale de sa mitraillette STEN et profite de la confusion pour attaquer les bunkers et les tranchées ennemies.

 

Desembarquement des commandos britanniques depuis les horsa

Illustration anonyme de l'assaut du pont de Bénouville par les commandos britanniques

 

Lorsque les deux autres planeurs du groupe d’Howard atterrissent, à proximité du premier, les hommes se ruent sur le pont pour aider leurs camarades. Malheureusement, c’est dans cette partie que meurt la première victime de l’opération. Le planeur n°2 glissa jusqu’à un étang et l’un des hommes, le Lance-Corporal Fred Greenhalgh, est projeté à travers la vitre de la cabine de pilotage et fini dans l’étang. Il y meurt noyé, emmené au fond des eaux par son matériel.

Au niveau du pont, les hommes de Brotheridge prennent les bunkers les uns après les autres, notamment en lançant des grenades dans les interstices ou dans les nids de mitrailleuses. Ils s’attaquent ensuite à la rive ouest du canal. Sous le couvert de fumigènes, ils avancent sur le pont, couvert par des fusils-mitrailleurs BREN et neutralisent les derniers défenseurs. Cependant, dans les combats, le lieutenant Brotheridge est touché par une balle de mitrailleuse au cou. Il meurt peu de temps après de ses blessures. Il est considéré comme la première victime des balles des Allemands du Débarquement. Bien que leur officier soit mort, les soldats britanniques maintiennent une discipline de fer et prennent le reste des positions allemandes. En à peine 10 minutes depuis leur atterrissage, les hommes d’Howard se sont rendus maîtres du pont de Bénouville.

C’est alors qu’ils décident de se rendre au café Gondrée, un bâtiment à la sortie du pont. Les propriétaires, Georges et Thérèse Gondrée, ainsi que leur fille Arlette, se sont réfugiés dans leur cave dès les premiers coups de feu. Lorsque les Britanniques rentrent dans le café, les Gondrée sautent de joie à l’idée d’être enfin libérés. Les parents, des partisans de la Résistance, avaient profité du fait que les Allemands venaient dans leur café pour écouter leurs conversations et transmettre des renseignements. Un autre café, aujourd’hui appelé Les 3 planeurs, en face des Gondrée, fut aussi libéré à ce moment-là. Il était dirigé par M. Louis Picot. Au moment des combats, ce dernier était sorti de chez lui pour comprendre ce qu’il se passait. C’est là qu’il aurait été tué par des tirs allemands. C’est alors qu’un débat historique prend place car nul ne sait vraiment lequel des deux bâtiments fut libéré en premier. Cela s’est joué sur quelques minutes d’intervalle. Si pendant longtemps, celui des Gondrée fut considéré comme le premier, le débat est aujourd’hui relancé.

 

Zone d atterrissage des horsa a pegasus bridge

Epaves des Horsa après leur atterrissage près du pont de Bénouville (visible en arrière-plan)

 

Pour ce qui est du pont de Ranville, la situation fut tout aussi rapide. Vers 00 h 20, le premier planeur de Priday, le n°5, vient se poser dans un champ, au nord du pont. Les hommes sortent et prennent le pont de Ranville qui n’était protégé que par quelques hommes armés de fusils et de mitrailleuses. L’emploi d’un mortier de « deux-pouces » (calibre 51 mm) a vite fait déguerpir les défenseurs. Toutefois, le groupe de Priday ne fut pas aussi chanceux que celui d’Howard. Le planeur de Priday, le n°4, avait changé de direction au moment de son entrée en Normandie et s’était dirigé vers la Dives, à l’est. Il avait atterri près du pont de Varaville, qu’il avait capturé, et essaya ensuite de retrouver le reste du groupe à Ranville.

Alors que les soldats de la compagnie D combattait, les ingénieurs se sont attelés à désactiver les charges qui avaient été posées sur l’armature du pont. Lorsqu’elles furent toutes enlevées, Howard déclara le pont capturé et sécurisé. Il reçut peu de temps après une confirmation similaire pour celui de Ranville. Il informa donc par radio le quartier général du succès de l’opération avec le code : « Ham and Jam ».

 

Illustration des combats a pegasus bridge 1

Illustration de la prise du pont de Bénouville par les commnados britanniques ©Simon Smith

 

La défense des ponts le 6 juin 1944

Maintenant que les ponts sont aux mains des Britanniques, ils doivent les défendre contre les attaques allemandes qui s’organisent très vite. Dans la région, la 21e Panzerdivision est secondée par des éléments de la 716e division d’infanterie et le 192e régiment de Panzergrenadiers¸ installé à Cairon. Howard fait positionner ses hommes à des lieux stratégiques entre Bénouville et Le Port, une bourgade limitrophe. Le café Gondrée est, au passage, transformé en station médicale de fortune.

À 00 h 50, les hommes d’Howard sont renforcés par des éléments du 7e bataillon de parachutistes britanniques du lieutenant-colonel Richard Pine-Coffin. Ce dernier arrive vers 01 h 40, avec les derniers soldats qu’il put trouver. En tout, il rajoute 200 hommes aux troupes déjà présentes.

Les Allemands ne tardent pas longtemps d’arriver sur place. Aux alentours des 02 h00, une colonne de panzers du 2e bataillon du 192e régiment des Panzergrenadiers se fait entendre au loin. Malheureusement pour les Anglais, ils ne possédent pas de canons anti-char ou de fusils suffisamment puissants. Cependant, ils ont un canon portatif anti-char PIAT (Projector Infantry Anti Tank) et quelques roquettes. Ils parviennent à en envoyer une contre le char de tête, un Panzer IV, et le firent exploser, la roquette ayant touché la réserve de munitions. Pensant à une embuscade avec des canons, le reste de la colonne allemande se retire.

 

Pegasus bridge et planneur horsa

Photographie du pont de Bénouville avec les planeurs qui sont écrasés en arrière-plan

 

À 03 h 00, une autre colonne allemande s’avance vers Bénouville. Les fantassins sont secondés par des chars et, plus nombreux, prennent pied dans Bénouville. Des combats de rue intenses viennent alors occuper une partie des soldats britanniques.

Au petit matin, les hommes restés près du pont de Bénouville sont attaqués par des tirs de snipers et sont obligés de rester cachés. Ils sont secourus par des hommes d’Howard qui prennent le contrôle d’un canon anti-char sur la rive est et qui neutralisent, à coups d’obus de 75 mm, les positions des tireurs embusqués.

À 09 h 00, une autre menace arrive, cette fois depuis la mer. Deux canonnières allemandes ont fait le chemin depuis Ouistreham. Leur blindage et leur canon sont un vrai danger pour les parachutistes britanniques. Heureusement pour eux, la première canonnière est neutralisée par un nouveau tir de PIAT. La seconde, quant à elle, quitte rapidement la zone pour rejoindre Ouistreham. Une heure plus tard, un bombardier allemand largue une bombe sur le pont. La chance est du côté des Anglais car elle ricoche sur la structure du pont et vient s’écraser, sans exploser, sur la rive. C’est la dernière attaque pour la matinée.

Dans l’après-midi, les combats de Bénouville continuent mais sont progressivement gagnés par les troupes d’Howard. Les chars allemands sont détruits les uns après les autres après que le premier eut été neutralisé par une grenade anti-char gammon, qui bloqua la rue et rendit les autres chars vulnérables.

 

Lord lovat et les commandos arrivent a pegasus bridge

Illustration de l'arrivée de Lord Lovat, du piper Bill Millin et des commandos de la 1re Brigade spéciale par © D. Pentland

 

Finalement, à 13h30, les Britanniques entendent un bruit au loin, familier et percutant, celui d’une cornemuse. C’était celle du piper Bill Millin, qui accompagnait Lord Lovat, le commandant de la 1re brigade spéciale, composée de commandos (où se trouvaient les 177 fusiliers marins français du commandant Kieffer) qui avaient débarqué à Sword Beach vers 07 h 00. Cette réunion, immortalisée par le cinéma dans le film Le jour le plus long, est entrée dans l’histoire lorsque Lord Lovat, selon la coutume anglaise, s’excuse d’un retard de 2 minutes par rapport au planning initial. Maintenant renforcé par les troupes de Lord Lovat, Howard peut lancer la contre-attaque et sécuriser durablement Bénouville. Des chars sont positionnés de chaque côté du pont afin de soutenir les fantassins. Vers 15 h 00, un nouveau navire allemand fait son arrivée dans le canal de Caen. Il est aussi bien accueilli que les canonnières, avec des obus du canon anti-char qui avait servi à déloger les snipers précédemment.

Les combats prennent fin vers 21 h 00, lorsque les troupes du Royal Warwickshire Regiment arrivent au pont de Bénouville et remplacent les hommes d’Howard. Avec les survivants de son détachement, le major prend la route pour Ranville où il doit rejoindre le quartier général de la 6e division aéroportée. C’est d’ailleurs là-bas qu’il retrouve, au matin du 7 juin, le capitaine Priday qui s’est battu tout au long de son trajet retour depuis Varaville.

 

Prise du pegasus bridge

Illustration de la sécurisation du pont de Bénouville par les Britanniques. On peut voir le café Gondrée dans le fond à droite. © Simon Smith

 

Héritage et mémoire du Pegasus Bridge

Une fois le flanc oriental du Débarquement contrôlé, les armées alliées se déploient dans le reste de la Normandie et commencent la libération de la France. Pour ce qui est de Bénouville et de Ranville, la victoire est sans appel. Cette action rapide, aussi qualifiée de « coup de main », a fait 2 morts et 14 blessés côté anglais contre plusieurs dizaines chez les Allemands, même si les chiffres officiels ne sont pas connus. Louis Picot est la seule victime civile de la bataille.

Pour leur réussite, de nombreux acteurs de la bataille sont récompensés par des médailles comme le major Howard qui reçoit le Distinguished Service Order des mains de Bernard Montgomery, le commandant des forces britanniques en France. Deux lieutenants, Richard Sandy Smith et Henry Tod Sweeney, qui étaient respectivement commandant des pelotons 14 et 23, obtiennent la Military Cross pour leurs actions héroïques pendant les prises des ponts de Bénouville et Ranville. Certains des pilotes de planeurs reçurent, eux, la Distinguished Flying Medal. Den Brotheridge, quant à lui, est récompensé à titre posthume d’une citation militaire.

 

Photographie moderne du pegasus bridge

Photographie modenre du pont de Bénouville, rebaptisé Pegasus Bridge

 

Sur place, le pont de Bénouville est transformé en lieu de mémoire. Le café Gondrée, encore ouvert aujourd’hui, devient un lieu où se retrouvent les souvenirs de la bataille avec des objets qui sont gardés comme des reliquats, à l’image du béret de John Howard. Au cours de la bataille, lorsque les combats baissaient en intensité, Georges Gondrée sortit toutes les bouteilles de champagne de sa cave et les offrit à ses libérateurs, qui les acceptèrent avec joie. Depuis, il est de tradition d’offrir du champagne aux vétérans britanniques qui viendraient au café Gondrée. Un établissement qui est aujourd’hui tenu par la fille de Georges et Thérèse, Arlette.

Les ponts de Bénouville et de Ranville ont également été renommés pour rappeler ces événements. Le premier prit le nom de Pegasus Bridge, en l’honneur du symbole des parachutistes britanniques qui portaient un écusson avec l’emblème du cheval ailé de la mythologie grecque. Pour le second, il est rebaptisé Horsa Bridge, pour rappeler la présence des pilotes de planeurs. Entre les deux ponts, la route fut nommée l’Esplanade Major John Howard. Des plaques ont ensuite été ajoutées à certains endroits pour rappeler le sacrifice de Brotheridge et Greenhalgh et la zone d’atterrissage des planeurs Horsa. Le pont de Bénouville a également été l’objet d’une attention particulière. En 1994, il a été démonté et remplacé par une copie conforme mais plus large afin de faire passer le trafic plus facilement. L’original est déplacé de quelques dizaines de mètres, au sein du jardin d’un musée ouvert en 1974. En 2000, un nouveau bâtiment, le Mémorial Pegasus, est inauguré avec la présence du prince de Galles Charles d’Angleterre, aujourd’hui le roi britannique Charles III.

Chaque année, le musée accueille des milliers de visiteurs et le site fait partie des nombreux lieux incontournables de la région. Son histoire, souvent occultée au profit des actions américaines comme la prise de Carentan ou de Sainte-Mère-Église, a pourtant eu des échos dans la culture populaire avec le film Le jour le plus long, réalisé en 1962 par Ken Annakin, Andrew Marton et Bernhard Wicki, adapté du roman éponyme de Cornelius Ryan, paru en 1954.

 

Scene du film le jour le plus long

Scène du film Le jour le plus long avec Richard Todd jouant le rôle du major John Howard (au centre) et Peter Lawford jouant Lord Lovat (à gauche)

 

Publié par Adrien RASATA, le 06/06/2026

Sources

Articles internet :

Articles Wikipédia :

Vidéos YouTube :

  • Pegasus Bridge, par la chaîne Yarnhub, mise en ligne le 11 février 2021 [en ligne] [visionnée le 06/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/43Hl0X06ejM
  • PEGASUS BRIDGE., par la chaîne OverloramaJunior, mise en ligne le 3 février 2025 [en ligne] [visionnée le 06/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/naVxRySAth4
  • Pegasus Bridge - The Allies First Action on D-Day, par la chaîne HistoryInYourHand, mise en ligne le 6 juin 2024 [en ligne] [visionnée le 06/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/pVb1aC8slYs  
  • The Battle For Pegasus Bridge : How 181 Men Opened The Way For D-Day, par la chaîne War Stories, mise en ligne le 30 juin 2025 [en ligne] [visionnée le 06/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/U93SlUdE034
  • The Most Critical 10 Minutes of the D-Day Invasion, par la chaîne Historigraph, mise en ligne le 30 août 2025 [en ligne] [visionnée le 06/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/Ue2uy53x8Yk

Crédits images :

  1. Illustration des combats entre Britanniques et Allemands sur le pont Pegasus Bridge. ©Ken Ford © Osprey Publishing, part of Bloomsbury Publishing. Disponible sur : https://www.forcesnews.com/heritage/history/not-all-bad-guys-were-german-soldiers-and-10-other-things-you-did-not-know-about
  2. Plan de la zone de l’opération Deadstick. Auteur et source inconnus. Disponible sur : https://warfarehistorynetwork.com/article/operation-coup-de-main-pegasus-bridge-caen-canal-orne-river/
  3. Portrait du major John Howard. Auteur et source inconnus. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MajorJohnHoward.jpeg
  4. Photographie d'un planeur Horsa avec des soldats britanniques. Auteur et source inconnus. Disponible sur : https://ww2-history.fandom.com/wiki/Airspeed_AS.51_Horsa?file=Airspeed_horsa_normandy.jpg
  5. Photographie de l'intérieur de l'un des planeurs Horsa avec des parachutistes britanniques. Goodchild A (P/O), Royal Air Force official photographer. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Royal_Air_Force_Flying_Training_Command,_1940-1945._CH10208.jpg
  6. Illustration anonyme de l'assaut du pont de Bénouville par les commandos britanniques. Disponible sur : https://oldschoolnostalgia.wordpress.com/2020/12/02/pegasus-bridge/
  7. Épaves des Horsa après leur atterrissage près du pont de Bénouville (visible en arrière-plan). Auteur et source inconnus. https://warfarehistorynetwork.com/article/operation-coup-de-main-pegasus-bridge-caen-canal-orne-river/
  8. Illustration de la prise du pont de Bénouville par les commnados britanniques ©Simon Smith. Disponible sur : https://www.aces-high.com/catalogue/view/pegasus-bridge
  9. Photographie du pont de Bénouville avec les planeurs qui sont écrasés en arrière-plan. Christie (Sgt), No 5 Army Film & Photographic Unit. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pegasus_Bridge,_June_1944_B5288.jpg
  10. llustration de l'arrivée de Lord Lovat, du piper Bill Millin et des commandos de la 1re Brigade spéciale par © D. Pentland. Disponible sur : https://www.militarygallery.co.uk/military_print.php?ProdID=26277
  11. Illustration de la sécurisation du pont de Bénouville par les Britanniques. © Simon Smith. Disponible sur : https://www.aces-high.com/catalogue/view/pegasus-dawn
  12.  Photographie modenre du pont de Bénouville, rebaptisé Pegasus Bridge. Par Joris1944. Disponible sur : https://pixabay.com/photos/pegasus-bridge-normandy-d-day-wwii-1290512/
  13. Scène du film Le jour le plus long avec Richard Todd jouant le rôle du major John Howard (au centre) et Peter Lawford jouant Lord Lovat (à gauche). Disponible sur : https://www.ebay.co.uk/itm/203378763998
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