1815 - La bataille de Waterloo

Rares sont les défaites avec autant d’éclat que celle de Waterloo durant le règne de Napoléon Ier. Le 18 juin 1815, l’empereur, récemment revenu sur le trône de France, affronte les armées combinées du Royaume-Uni et de Prusse dans les champs belges de Waterloo. En face de lui, il y a le duc de Wellington et le maréchal Blücher, deux héros des guerres napoléoniennes qui comptent bien mettre un terme aux ambitions du Français. Dans les fameuses « mornes plaines » du poète Victor Hugo, s’est joué le destin de la France et le résultat fut sans appel. Revenons sur la conclusion d’une épopée qui avait pris racine lors de la Révolution française et qui a façonné l’Europe prend une décennie avec un empire qui allait de l’Espagne à la Russie, et du Danemark jusqu’à Naples.

 

La bataille de waterloo par william holmes sullivan

La bataille de Waterloo, 18 juin 1815 par William Holmes Sullivan (1898)

 

Le retour de Napoléon au pouvoir en France

Depuis sa défaite lors de la campagne de Russie en 1812, le pouvoir de Napoléon est sur le déclin. Finalement, en 1814, face aux forces combinées des puissances européennes (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Prusse, Autriche, Russie, Suède et Pays-Bas), réunies dans la Sixième coalition, la France est envahie. Le 11 avril 1814, Napoléon est contraint à l’abdication lors du traité de Fontainebleau. Il est ensuite exilé sur l’île d’Elbe dont il obtient la souveraineté et une armée réduite à 1 000 hommes. En France, les puissances alliées, rassemblées au Congrès de Vienne, donnent le pouvoir à Louis XVIII, frère de Louis XVI, qui débute une restauration du pouvoir monarchique.

Sur l’île d’Elbe, le quotidien de Napoléon est insipide, comparé aux grandes aventures qu’il a menées pendant une décennie en tant qu’empereur. Les espions qu’ils possèdent en France et à Vienne lui rapportent le climat de tensions qui persistent. Pensant y voir une chance de faire son retour, il s’échappe et revient en France. Le 1er mars 1815, il débarque à Golfe-Juan puis remonte le pays en direction de Paris. Le 20 mars, il entre dans la capitale, entouré d’une foule déchaînée. La veille, Louis XVIII avait quitté en hâte la ville.

 

Napoleon accueilli par le 7e regiment du colonel charles de la bedoyere a grenoble le 7 mars 1815 par charles de steuben 1818

Napoléon accueilli par le 7e régiment du Colonel Charles de la Bédoyère à Grenoble le 7 mars 1815 par Charles de Steuben (1818)

 

Le mois de mars marque donc le retour au pouvoir de Napoléon, une période qui prit le nom des Cent jours. Cependant, Napoléon voit que toute la France ne lui est pas acquise : la révolte gronde déjà en Vendée, et les puissances alliées se sont déjà réunies pour une Septième coalition. Le 14 mars, elles déclarent Napoléon hors-la-loi des nations.

Pour Napoléon, qui envisage de restaurer son prestige et son empire, le défi est actuellement trop grand à lui seul. La perte de son empire et les guerres successives ont profondément meurtri la population française. Toutefois, il parvient à rassembler une force d’environ 200 000 hommes et quelques généraux et maréchaux comme Michel Ney, Jean-de-Dieu Soult, Antoine Drouot et Emmanuel Grouchy, qui lui sont restés fidèles.

Face à lui, les coalisés mobilisent près de 800 000 hommes répartis à travers l’Europe. Cependant, les Russes et les Autrichiens sont trop éloignés pour être une menace crédible contre Napoléon. Mais en Belgique et dans l’ouest de l’Allemagne, les généraux Arthur Wellesley, le duc de Wellington, qui commande une armée de 105 000 soldats, où se trouvent des Britanniques mais aussi des Hollandais et des confédérés allemands, et Gebhard Leberecht von Blücher, qui dirige les troupes prussiennes, comptabilisent près de 126 000 combattants.

 

Portrait d arthur wellesley duc de wellington par thomas lawrence 1815 1816

Arthur Wellesley, 1er duc de Wellginton, peint par Thomas Lawrence vers 1815-1816

 

Les batailles de Ligny et Quatre-Bras, les prémices de Waterloo

Pour déstabiliser la coalition et obtenir un succès qui lui permettrait de négocier le cas échéant, Napoléon concentre ses troupes vers les armées les plus proches, celles de Wellington et Blücher, alors stationnées en Belgique. Dès le mois de mai 1815, l’empereur fait débuter la constitution d’une armée du nord où se retrouvent des éléments des guerres passées comme les fameux grognards de la Garde impériale, mais aussi des cavaliers et fantassins qui ont combattu à travers l’Europe. Bien que plus faibles en nombre, à peu près 126 000 hommes, les soldats de Napoléon lui sont dévoués et savent se battre.

Le 6 juin 1815, l’Armée du nord prend la route de la Belgique et passe la frontière. Elle parvient à obtenir une première victoire face aux maigres défenses de Charleroi, le 15 juin, et prend la direction de Bruxelles. Le lendemain, les Français sont face à un dilemme. Wellington est retranché plus au nord, tandis que Blücher a concentré ses forces à Ligny, à l’est. Comprenant que l’attaque de l’un ouvrirait la voie à un contournement par l’autre, Napoléon décide d’envoyer le maréchal Ney et 25 000 hommes pour occuper le carrefour des Quatre-Bras, afin d’occuper Wellington, pendant que lui et le reste de son armée lanceront l’assaut sur Blücher.

Les premiers temps de la bataille des Quatre-Bras sont en faveur de Ney qui met en déroute les défenses britanniques. Cependant, Wellington, alors à Bruxelles, lance 30 000 hommes sur Ney qui doit céder du terrain. Les combats finissent par se stabiliser, sans que l’un ou l’autre n’avance ou ne recule.

 

Le 28e regiment aux quatre bras par elizabeth thompson 1875

Le 28e Régiment aux Quatre Bras par Elizabeth Thompson (1878)

 

À Ligny, les forces de Napoléon dominent les Prussiens. Les batteries françaises perturbent le dispositif de Blücher. Ce dernier tombe même de cheval lorsque sa monture est touchée par une balle. Il ne doit sa survie qu’à la chance en faisant le mort sur le champ de bataille et en s’échappant de justesse. Il parvient à faire retraiter ses troupes en bon ordre. C’est une victoire pour les Français mais elle n’affaiblit que très peu l’armée de Blücher qui garde son intégrité et se retire vers Wavre, plus au nord.

Une fois Blücher vaincu, le gros de l’armée impériale se dirige vers Quatre-Bras. Voyant qu’il était en mauvaise posture, Wellington, arrivé depuis sur le champ de bataille, quitte aussi les lieux et prend la route du nord. Il s’arrête sur les hauteurs de Mont-Saint-Jean, à l’orée de la forêt de Soignes, près du village de Waterloo. Le 16 juin est donc une journée victorieuse pour Napoléon. Cependant, il commet une erreur fatale. Après sa victoire sur Blücher, il attend avant de lancer une armée de poursuite. Cette dernière, menée par le maréchal Grouchy, ne part que le 17 juin, à 11 h 00, laissant ainsi aux Prussiens de précieuses heures d’avance. Alors que Grouchy s’élançait vers Wavre, Napoléon, lui, partait pour Mont-Saint-Jean. 

 

Portrait de blucher par ernst gebauer 1815 1819

Portrait du maréchal Blücher, par Ernst Gebauer, vers 1815-1819

 

Le plan de la bataille

Pendant que Napoléon faisait la route, Wellington préparait le terrain. Vétéran de la campagne d’Espagne (1808 – 1814), il a appris à combattre les Français. Il sait que l’artillerie est redoutable et que les fantassins sont aguerris au combat rapproché. Pour contrer cela, il opte pour une tactique défensive sur les hauteurs de la colline de Mont-Saint-Jean. Cette dernière offre une étendue de près de 4 kilomètres que Wellington envisage d’utiliser sur son intégralité. Pour profiter de la hauteur, il place son artillerie et le gros de ses hommes en léger retrait de la ligne de crète. Ils sont ainsi protégés de coups directs de canons. Après les combats de Quatre-Bras, il peut mobiliser environ 68 000 hommes. Ils sont répartis sur un front s’étirant entre deux fermes installées dans la plaine, celles d’Hougoumont et de Papelotte. Au milieu, se trouve celle de la Haye-Sainte. Ces trois lieux sont fortifiés par les Britanniques et servent de remparts aux avancées françaises. Pendant que ses hommes se préparent, Wellington reste en contact avec Blücher. Dans une lettre, ce dernier lui affirme son soutien et prévient de son arrivée pour le lendemain. Il lui assure qu’au moins un corps d’armée prussien (20 000 hommes) lui viendra en aide.

 

Plan de la bataille de waterloo

Plan de la bataille de Waterloo

 

En face de lui, les Français, arrivés la veille, ont dormi à la belle étoile, sur la colline de la Belle Alliance, et ont souffert de la pluie qui a complètement détrempé les sols. La chaleur estivale se rajoute à l’inconfort des soldats. Face aux défenses de Wellington, Napoléon rassemble une armée de 74 000 soldats, soutenus par 252 canons. Une grande batterie de 86 canons est placée au centre afin de soutenir ce que Napoléon considère comme le front principal. Son flanc gauche est dirigé par son frère Jérôme et le général Honoré Charles Reille et son IIe corps d’armée, au centre et à droite se trouvent les troupes du général Jean-Baptiste Drouet, comte d’Erlon. Des corps de cavalerie et celui du général Lobau sont mis en réserve tandis que les régiments de la garde attendent au plus près de Napoléon.

Le plan de bataille de Napoléon est simple. Pour lui, les Britanniques, en particulier Wellington, qu’il n’a jamais combattu directement, ne sont pas des combattants valeureux. Il qualifie même leur commandant de « mauvais général ». Il sait qu’il doit prendre en compte un potentiel renfort de Blücher sur sa droite et veut battre les Britanniques le plus vite possible. Pour cela, il veut prendre d’assaut les fermes d’Hougoumont et de la Haye-Sainte afin de s’en servir de points d’appui pour un assaut général au centre. La cavalerie, notamment sous le commandement du maréchal Ney, doit seconder l’infanterie et neutraliser les canons pour mettre en déroute l’ennemi. 

 

Napoleon inspectant sa garde imperiale par edouard detaille

Napoléon et des soldats de la Garde impériale en 1806, par Édouard Detaille (avant 1912)

 

Waterloo, le dernier coup d’éclat de Napoléon

Le matin du 18 juin, le sol de la plaine de Waterloo est totalement boueux. Après un petit-déjeuner avec son état-major dans la ferme du Caillou, Napoléon décide d’attendre que la terre sèche un peu. Ceci était en effet indispensable pour son artillerie car, à cette époque, les canons tiraient des boulets qui ricochaient et venaient faucher les colonnes ennemies. Avec un tel sol, le boulet s’enfonce. Les canons de Napoléon étaient une arme bien trop précieuse pour ne miser que sur la puissance de ses fantassins et de ses cavaliers.

Finalement, vers 11 h 00, pensant que le temps et les sols étaient suffisamment cléments, les Français font tonner les premiers coups de canons. La grande batterie envoient des centaines de boulets sur Mont-Saint-Jean. Bien retranchés, les Britanniques ne subissent que peu de pertes. Comme prévu, Napoléon fait envoyer le corps de Reille sur la ferme d’Hougoumont et le flanc droit anglais. La ferme était occupée par 1 300 soldats britanniques, hollandais et allemands. Elle avait été renforcée et ses murs avaient été percés de meurtrières. Lorsque les Français arrivent, les premiers hommes sont fauchés par le tir nourri des Britanniques. Au prix de nombreuses, pertes, une trentaine de soldats français, menés par le lieutenant Legros, du premier régiment d’infanterie légère, entrent dans la place en forçant la porte principale à coups de hache. Les assaillants sont cependant rapidement isolés après la reprise des portes par les Britanniques et ils sont massacrés. De là, plusieurs attaques sont menées contre la ferme mais aucune ne permet, véritablement, de prendre l’ascendant. Vague après vague, les corps des Français viennent s’amonceler devant les murs, à tel point que les Anglais parlent d’un « killing ground ». En tout, plus de 8 000 soldats Français sont mobilisés sur cette partie du front.

 

Bataille de la ferme d hougoumont

Illustration anonyme de la bataille de la ferme d'Hougoumont

 

Au centre, les affrontements ne commencent que vers 13 h 30. Les canons de la grande batterie n’ayant fait que peu dégâts, Napoléon envoie le 1er corps d’armée du général Drouet d’Erlon face aux défenses britanniques. Les quatre divisions qui le composent s’étendent de la Haye-Sainte jusqu’à Papelotte. La division du général Quiot est chargée de prendre la première ferme tandis que celle du général Durutte doit prendre la seconde. La marche des Français était impressionnante. Les hommes étaient divisés en unités réparties sur des lignes larges de 250 hommes et avançaient tout en étant bombardés par les canons de Wellington. À la Haye-Sainte, les soldats de Quiot affrontent ceux du 2e bataillon de la King’s German Legion. Comme à Hougoumont, le rapport de forces est déséquilibré mais les fortifications britanniques tiennent les Français en respect.

Les fantassins français parviennent jusqu’au sommet de Mont-Saint-Jean mais ils sont accueillis par une riposte britannique qui fait des dégâts dans les rangs. Un combat au corps-à-corps est ensuite déclenché. Voyant que les Français pouvaient être anéantis, Wellington fait envoyer sa cavalerie. Commandés par lord Uxbridge, les 1er et 2e régiments de Life-Guard et les Dragons du général Ponsomby (parmi eux se trouvent les redoutables Scots-Grey) fondent sur les fantassins qu’ils mettent en déroute. Les cavaliers anglais vont cependant au-delà de leur mission et tentent de prendre d’assaut l’artillerie française. Ils sont alors pris en tenaille et périssent pour la plupart, notamment les Scots-Grey.

 

Charge of the union brigade by mark churms

L'Union Brigade submerge une batterie divisionnaire française par Mark Churms

 

À 15 h 30, un léger mouvement de repli anglais, sans doute pour se recomposer ou se ravitailler, est observé par le maréchal Ney qui l’identifie comme une fragilisation du front. Sans en référer à Napoléon, il rassemble près de 4 500 cavaliers, dont le corps de cuirassiers du général Milhaud, placé entre les fermes d’Hougoumont et de la Haye-Sainte, et l’infanterie légère de la Garde, et fond sur le centre britannique. Tous comme les fantassins qui les précédaient, les cavaliers sont touchés par des boulets et des coups de mitraille. La boue fatigue les chevaux qui arrivent au sommet de Mont-Saint-Jean essoufflés. Mais une fois là-haut, Ney découvre que les Britanniques ont formé des carrés de fantassins avec les baïonnettes qui forment un mur de piques infranchissable pour les chevaux. Malgré les dangers, Ney ordonne l’assaut général. Ses hommes viennent alors s’empaler sur les fusils britanniques, sont désarçonnés et exécutés lorsqu’ils parviennent à se faufiler dans les rangs ennemis ou sont tout simplement achevés d’une balle par les fusils et canons à mitraille placés dans les carrés. Pendant deux heures, Ney tente désespérément de franchir cet obstacle, au prix de lourdes pertes. Finalement, à 17 h 00, le maréchal ordonne la retraite.

 

Charge des cuirassiers contre les carres anglais

La charge des cuirassiers français à Waterloo par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux (1874)

 

Peu de temps auparavant, vers 16 h 00, les premiers éléments prussiens arrivent sur le flanc droit français. L’avant-garde du général von Bülow vient porter secours à Wellington au niveau de Papelotte et se dirige vers le village de Plancenoit, sur les arrières françaises. Pour préserver son flanc, Napoléon réorganise ses troupes et envoie le corps de réserve de Lobau à Plancenoit. Entre-temps, l’empereur dépêche un messager pour ordonner à Grouchy de revenir le plus vite possible. Malheureusement, ce dernier est occupé à Wavre avec l’arrière-garde de Blücher qui le bloque. Bien que les Prussiens n’enfoncent pas les rangs français, les combats font de nombreuses victimes et obligent Napoléon à mobiliser de précieuses ressources qui auraient pu servir à renforcer son centre.

À 18 h 00, l’empereur commence à perdre patience. Il ordonne à Ney de prendre la Haye-Sainte coûte que coûte. Encore une fois, et comme à Hougoumont, les Français s’acharnent, vague après vague, contre les soldats britanniques. Ney perd même cinq chevaux dans les affrontements. Mais cette fois, le surnombre français, et l’appui de soldats du corps de Reille qui s’étaient déportés vers le centre, font céder les défenses vers 18 h 30. La Haye-Sainte est prise par les Français qui y installent une batterie pour soutenir l’avancée des troupes.

 

Attaque des francais sur la ferme de la haye sainte par richard knotel

Attaque de la ferme de la Haye-Sainte par les Français par Richard Knötel 

 

Pour les Britanniques, la situation est de plus en plus critique. Les soldats du corps de Durutte sur leur gauche malmènent leurs défenses qui sont proches du désastre. La perte de la Haye-Sainte est dangereuse car elle offre un point fort à Napoléon pour appuyer de futures charges. Wellington en vient même à lancer une complainte vers le ciel : « Il me faut la nuit ou Blücher ». Les troupes de ce derniers continuent d’affluer sur le champ de bataille. Elles prennent Plancenoit et en font une place forte dont il est difficile de les déloger.

À 19 h 00, Napoléon est contraint d’utiliser ses dernières réserves, la Garde impériale. Cette unité, composée de la Jeune et de la Vieille Garde, contient les hommes les plus valeureux de l’armée napoléonienne. Ils se sont rendus célèbres pour leur dévotion envers l’empereur mais aussi leur courage et leur résilience face au feu ennemi. Répartis en quatorze bataillons, environ 4 000 hommes, la moitié est destinée à stopper les Prussiens tandis que l’autre doit avancer sur Mont-Saint-Jean. Pour certains spécialistes, cette division était une erreur tactique car elle n’a pas permis d’envoyer suffisamment d’hommes en renfort sur l’un ou l’autre des fronts. Quoiqu’il en soit, la Garde impériale marche, en ordre de bataille et au son des tambours, sur les positions britanniques et prussiennes. Au centre de la bataille, les soldats de Wellington concentrent leur feu sur les nouveaux venus, fauchant des dizaines d’hommes à chaque fois. Affaiblie, la Garde impériale doit faire face, au sommet de Mont-Saint-Jean, aux soldats de la British Guard, qui les accueillent avec leurs fusils. Combinés aux coups de canons et aux charges des quelques régiments de cavalerie qui restent, le feu nourri britannique dévaste les rangs des grognards de Napoléon qui subissent de lourdes pertes. N’en pouvant plus, la Garde recule. C’est la première fois depuis sa création en 1804.

 

La garde imperiale a waterloo

« “La Garde du feu” – Waterloo 1815 », Giuseppe Rava, illustration 2005 de la collection « Era napoleonica » (Guerres napoléoniennes)

 

Lorsque le reste des Français voit la Garde se retirer, la débâcle s’enclenche. Napoléon tente de sauver ce qui peut l’être mais ce n’est plus possible. Sentant le vent tourner en sa faveur, Wellington jette toutes ses troupes dans la mêlée. À 20 h 30, Napoléon ordonne la retraite. Alors que le gros des troupes quitte le champ de bataille, la Garde se place en arrière pour ralentir les assaillants. Les grenadiers du général Cambronne se place en avant des Britanniques et crient la devise du régiment au général britannique Colville, venu demander leur reddition : « La Garde meurt mais ne se rend pas ». Un événement relaté dans l’histoire du « mot de Cambronne ». Une autre histoire, plus légendaire que véridique faute de preuves, voudrait que le maréchal Ney, surnommé le « brave des braves », aurait dit aux hommes de 95e régiment d’infanterie de ligne en déroute « Venez voir comment meurt un maréchal de France ! », alors qu’il tentait de ralliait les troupes pour contrattaquer les Britanniques qui arrivaient.

Vers 22 h 00, les troupes coalisées se rejoignent sur l’ancien quartier-général français et à 22 h 30, Wellington et Blücher se rencontrent sur la colline de la Belle Alliance. Les chroniqueurs veulent que Blücher souhaite utiliser ce nom pour nommer la bataille, ce que Wellington refuse et impose celui de Waterloo à la place, le village qui jouxtait son quartier-général.

 

La rencontre du duc de wellington et du marechal blucher le soir de la victoire de waterloo thomas jones barker

La rencontre du duc de Wellington et du maréchal Blücher le soir de la victoire de Waterloo - Thomas Jones Barker (XIXe siècle)

 

En déroute, Napoléon parvient à réorganiser comme il peut ses troupes à Genappe, plus au sud, mais les pertes sont terribles. En tout, les Français comptabilisent près de 33 000 pertes dont 9 500 morts, avec plusieurs dizaines de blessés, dont une partie a été laissée pour morte sur la plaine de Waterloo. En face, les coalisés accusent environ 21 000 pertes, dont 5 000 morts. Le pari de Wellington a marché. Les positions fortifiées ont occupé un grand nombre de soldats français et les pertes parlent d’elles-mêmes. À Hougoumont, qui ne fut jamais prise, 1 500 hommes ont tenu tête à 8 000 Français, avec une situation très similaire à la Haye-Sainte, à Papelotte puis à Plancenoit.

 

Une défaite qui met fin à l’ère napoléonienne

La défaite militaire de Waterloo assène un coup certain à Napoléon. Il vient de perdre ses troupes et son prestige. Dans sa fuite, il a perdu sa voiture et ses possessions. Ses hommes ont même été pourchassés par les Prussiens qui avaient reçu l’ordre de ne faire aucun prisonnier.

Le 22 juin 1815, le coup de rideau final tombe sur l’aventure napoléonienne. Il abdique une nouvelle fois et part en exil sur l’île de Sainte-Hélène, dans le sud de l’océan Atlantique, où il reste jusqu’à sa mort en 1821. Contrairement à son précédent exil, il est isolé de toute civilisation, sans armée, sans occupation, sans rôle et avec quelques compagnons d’infortune. En France, Louis XVIII revient et cette fois, le Congrès de Vienne, qui n’avait pas cessé d’être actif, met définitivement un terme au règne de Napoléon et entame la Restauration (1815 – 1830).

 

Napoleon a bord du bellerophon pour sainte helene

Napoléon, à bord du navire Bellerophon en direction de l'île Sainte-Hélène, par William Quiller Orchardson, vers 1880

 

La mémoire de Waterloo

Bien qu’il s’agisse d’une défaite, la bataille de Waterloo a pris une place très importante dans l’histoire de France. Elle est devenue un cas d’école sur les batailles napoléoniennes, au même titre qu’Austerlitz (1805), Wagram (1809) ou Borodino (1812). Elle marque la fin d’une époque et la tentative désespérée de Napoléon d’en finir avec un dernier coup d’éclat.

 

La bataille de waterloo par jan willem pieneman 1824

La bataille de Waterloo par Jan Willem Pieneman (1824). On y voit Wellington, victorieux devant ses troupes et des prisonniers français

 

Pendant un temps, le discours concernant le maréchal Grouchy reprit celui, très négatif, de Napoléon. Pour autant, les historiens actuels tentent de relativiser l’implication de Grouchy dans la défaite. Ce dernier est en effet parti trop tard pour empêcher Blücher de faire sa jonction avec Wellington. De plus, la distance à parcourir était impossible à faire au moment où Grouchy reçoit les lettres de Napoléon, vers 13 h 30. Ainsi, bien que maudit par Napoléon, Grouchy n’aurait pas pu aider à prévenir la défaite de Waterloo. D’autant plus que les 30 000 hommes qu’il possédait auraient fait pâle figure face à près de 100 000 coalisés.

La bataille fut la source d’inspiration de bien des artistes à travers l’Europe et l’histoire, notamment de chaque côté de la Manche, avec des sujets parfois opposés qui offrent de nombreux regards sur différents épisodes comme des charges de cavalerie, les carrés d’infanterie, les affrontements à Hougoumont ou à la Haye-Sainte. En littérature, Waterloo est reprise par les auteurs, parfois peu d’années après les événements, comme Honoré de Balzac, dans Le médecin de campagne (1833). En 1847, Victor Hugo produit le poème le plus célèbre sur la bataille, dans L’Expiation (Les Châtiments) avec un vers entré dans l’histoire « Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine ! ». En 1973, l’histoire rencontre la musique avec un succès mondial grâce au titre Waterloo du groupe suédois ABBA. Au cinéma, la bataille est presque un incontournable de tout récit sur Napoléon. En 1970, le soviétique Serguei Bondartchouk produit une fresque détaillée dans son film Waterloo avec de véritable effets pyrotechniques et l’implication de plusieurs milliers d’hommes venus des rangs de l’Armée rouge. Aujourd’hui encore, il reste l’un des films qui représentent le mieux les événements. En 2023, le film biographique Napoléon de Ridley Scott rappelle au public le souvenir de la dernière bataille de l’Empereur.

 

Scene du film waterloo 1970

Scène du film Waterloo, par Sergeui Bondartchouk (1970), ici côté français

 

Publié par Adrien RASATA, le 18 juin 2026

Sources

Articles internet :

Article Wikipédia :

Vidéos YouTube :

  • Bataille de Waterloo – animation carte, par la chaîne Cartede bataille, mise en ligne le 28 octobre 2015 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/fhuPbXJ9wVc
  • Bataille de Waterloo : CARTE stratégique animée, par la chaîne Musée de l’Armée, mise en ligne le 17 juin 2025 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/YMU8TqGJmL4
  • La bataille de Waterloo, 18 juin 1815, par la chaîne HerodoteVideos, mise en ligne le 14 novembre 2020 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/6In60-BnVE4
  • L’HISTOIRE PAR L’IMAGE | La bataille de Waterloo. 18 juin 1815, par la chaîne Grand Palais, mise en ligne le 19 juin 2023 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/uA6mgO0jdbs
  • Napoleonic Wars : Battle of Waterloo 1815, par la chaîne Epic History, mise en ligne le 17 mai 2015 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/nDZGL1xsqzs
  • Waterloo, la Bataille des Géants – DERNIERE LETTRE #6, par la chaîne Explo Blackraven, mise en ligne le 5 mars 2021 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/F6kb5tW2GMs
  • WATERLOO : la bataille qui a changé l’histoire |L’Histoire nous le dira #278, par la chaîne L’Histoire nous le dira, mise en ligne le 11 mars 2025 [en ligne] [visionnée le 14/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/g89hjgEF22U

Crédits image :

  1. La bataille de Waterloo, 18 juin 1815 par William Holmes Sullivan (1898). Disponible sur : https://www.infobae.com/fr/2022/03/20/les-cent-jours-de-la-derniere-aventure-de-napoleon-de-lexil-sur-lelbe-au-desastre-de-waterloo/
  2. Napoléon accueilli par le 7e régiment du Colonel Charles de la Bédoyère à Grenoble le 7 mars 1815 par Charles de Steuben (1818). Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Retour_de_Napoleon_d%27_Isle_d%27Elbe,_by_Charles_de_Steuben.jpg
  3. Arthur Wellesley, 1er duc de Wellginton, peint par Thomas Lawrence vers 1815-1816. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Arthur_Duke_of_Wellington.jpg
  4. Le 28e Régiment aux Quatre Bras par Elizabeth Thompson (1878). Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Butler_Lady_Quatre_Bras_1815.jpg
  5. Portrait du maréchal Blücher, par Ernst Gebauer, vers 1815-1819. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bl%C3%BCcher_(nach_Gebauer).jpg
  6. Plan de la bataille de Waterloo. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Battle_of_Waterloo.svg
  7.  Napoléon et des soldats de la Garde impériale en 1806, par Édouard Detaille (avant 1912). Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Napoleon_in_1806.PNG
  8. Illustration anonyme de la bataille de la ferme d'Hougoumont. Disponible sur : https://www.passionmilitaria.com/t194091-ferme-hougoumont-et-le-poids-de-l-histoire
  9. L'Union Brigade submerge une batterie divisionnaire française par Mark Churms. Disponible sur : https://www.military-art.com/mall/more.php?ProdID=1000
  10. La charge des cuirassiers français à Waterloo par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux (1874). Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Charge_of_the_French_Cuirassiers_at_Waterloo.jpg
  11. Attaque de la ferme de la Haye-Sainte par les Français par Richard Knötel. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Knotel_-_The_storming_of_La_Haye_Sainte.jpg
  12. « “La Garde du feu” – Waterloo 1815 », Giuseppe Rava, illustration 2005 de la collection « Era napoleonica » (Guerres napoléoniennes). Disponible sur : https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2021/02/01/offensive-outrance-histoire-glissement-doctrinal/
  13. La rencontre du duc de Wellington et du maréchal Blücher le soir de la victoire de Waterloo - Thomas Jones Barker (XIXe siècle). Disponible sur : https://www.repro-tableaux.com/a/barker-thomas-jones/the-meeting-of-the-duke-o.html
  14. Napoléon, à bord du navire Bellerophon en direction de l'île Sainte-Hélène, par William Quiller Orchardson, vers 1880. Disponible sur : https://www.lefigaro.fr/voyages/charles-bonaparte-napoleon-faisait-du-tourisme-militaire-20210424
  15. La bataille de Waterloo par Jan Willem Pieneman (1824). On y voit Wellington, victorieux devant ses troupes et des prisonniers français. Licence Wikimedia Commons.Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:De_Slag_bij_Waterloo_Rijksmuseum_SK-A-1115.jpeg
  16. Scène du film Waterloo, par Sergeui Bondartchouk (1970), ici côté français. Disponible sur : https://collider.com/waterloo-movie-orson-welles/
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