1945 - Les actes de capitulation

Après six années de conflits, la Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe le 8 mai 1945. Cependant, les négociations pour la paix ont débuté bien avant cette date et le choix du jour est lui-même au cœur de tractations entre les puissances alliées. D’abord signée à Reims le 7 mai, officialisée à Berlin le 8 et pour la Russie célébrée le 9, la capitulation allemande a été une aventure en soi. Si aujourd’hui il s’agit d’un des nombreux jours fériés du mois de mai français, il n’en fut pas toujours ainsi. L’histoire du 8 mai fut un choix politique et mémoriel.  

 

Peinture du 7 mai 1945 par lucien jonas

Signature de la capitulation allemande le 7 mai 1945 à Reims par Lucien Jonas (1946), musée de Reims

 

La progressive fin de la guerre en Europe

Depuis 1942, la Seconde Guerre mondiale a changé de dynamique. Si au départ les Allemands et Japonais menaient la danse, à partir de là, c’est l’inverse. Le débarquement allié en Afrique puis la victoire à Stalingrad en 1943 rebattent les cartes. Désormais, c’est l’Allemagne qui perd et qui est sur la défensive. Le Débarquement en Normandie en 1944 maintient cette dynamique en poursuivant l’affaiblissement des troupes allemandes qui doivent se battre sur deux terrains européens. Alliés et Soviétiques progressent très vite. En mars 1945, les Alliés parviennent à franchir la frontière allemande en traversant le Rhin. Désormais, la guerre s’invite sur le sol du Reich.

Le 16 avril, les Soviétiques lancent leur assaut sur Berlin. Adolf Hitler envoie tout ce qu’il a dans la bataille : ses bataillons de fanatiques de la SS, les blessés, les malades, les jeunes et les personnes âgées, dont une partie sont regroupés dans la milice armée allemande, le Volksturm. Mais, le 30 avril, face à une situation intenable, une supérieure matérielle et humaine bien plus grande et craignant la furie soviétique s’il venait à être capturé, Hitler décide de se suicider dans son bunker secret à Berlin. Il a alors en tête les mutilations qu’ont subi Benito Mussolini et ses proches après leur capture par les résistants italiens. Avec une pilule de cyanure et un pistolet, il se donne la mort. Au même moment, les Soviétiques prenaient le contrôle du Reichstag, le haut lieu du pouvoir nazi.

 

Evguenia khaldei le drapeau rouge sur le reichstag photographie prise a berlin le 2 mai 1945

Evguenia Khaldeï, Le Drapeau rouge sur le Reichstag, photographie prise à Berlin le 2 mai 1945

 

Cette nouvelle lance une grande vague de désespoir dans la population. Les partisans les plus fidèles vont jusqu’à rejoindre le führer dans la mort. Parmi eux, Joseph Goebbels, son fidèle responsable de la propagande, et sa famille entière. L’amiral Karl Dönitz, conformément aux vœux d’Hitler, est choisi comme nouveau chef du Reich et déplace le centre du pouvoir à Flensbourg, au nord du pays, en sécurité.

De là, il veut organiser la fin de la guerre, en particulier la question de la reddition de l’Allemagne. Il craint l’URSS qui a mis en avant, par sa propagande, et ce que son homologue nazie a bien voulu mettre en scène, sa revanche pour les destructions lors de l’invasion en 1941. Les femmes seraient violées, les enfants et les adultes seraient ensuite envoyés dans des camps pour y mourir. Hors de question pour Dönitz. Dans les premiers jours de mai, il cherche plutôt à faire une paix séparée avec les Alliés qui sont restreints par les conventions militaires internationales. Il envoie l’amiral Hans-Georg von Freideburg négocier auprès des alliés, au grand quartier général des forces alliés en Europe (SHAEF en anglais - Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) installé à Reims, en France.

 

L amiral donitz

L'amiral Karl Dönitz quittant le haut quartier général allemand à Flensbourg en 1945

 

Le 7 mai, la fin de la guerre à Reims

Les négociations se passent initialement mal. Dwight Eisenhower, général américain et chef des Alliés en Europe, refuse les compromis de paix avancés par von Freideburg. Il veut une reddition sans condition de toute l’armée allemande et non de petites armées locales comme le souhaite Dönitz. Un choix renforcé par la publication des rapports sur les atrocités commises par les nazis dans les camps de concentration et dans les centres de mise à mort qui sont découverts à mesure que les soldats avancent.

Le 5 mai, Dönitz accepte la capitulation des armées du nord-ouest du pays qui se rendent aux forces britanniques de l’Anglais Bernard Montgomery. Finalement, le 6 mai, il renonce à demander une paix sous condition et accepte d’entamer les négociations pour une capitulation totale de l’Allemagne.

C’est ainsi que les délégations alliée et allemande se retrouvent dans la nuit du 6 au 7 mai, dans le quartier général des Alliés à Reims, situé dans une salle du Collège technique et moderne, actuel lycée Roosevelt. Von Freideburg est accompagné du major Wilhelm Oxenius et du Generaloberst Alfred Jodl, missionné par Dönitz pour agir comme représentant du pouvoir allemand. En face d’eux, ils trouvent un représentant des quatre grands acteurs alliés. Le général américain Walter Bedell Smith, second d’Eisenhower et chef de son état-major pour les Américains et Britanniques, les Soviétiques par le général Ivan Sousloparov et les Français avec le général François Sevez, qui n’agit ici que comme un témoin mais fait malgré tout partie des 4 signataires (Jodl, Bedell-Smith, Sousloparov et Sevez) de l’acte de capitulation.

 

Capitulation du 7 mai 1945

Signature de la reddition le 7 mai 1945. Photographie anonyme

 

Les échanges sont tendus. Lorsque les Allemands entrent dans la pièce, leur salut est à peine rendu par les Alliés. Face à leur intransigeance, Jodl doit plier et signer une reddition totale du gouvernement allemand et de son état-major, l’OKW (Oberkomando der Wehrmacht – « Haut-commandement de la Wehrmacht »). L’acte officiel est signé à 02h41, marquant officieusement la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Il doit prendre effet le lendemain, le 8 mai, à 23h01, heure de Berlin. Dans un dernier acte de commandant, Jodl fait un bref discours et demande que ses hommes et le peuple allemand soient épargnés grâce à la générosité des Alliés. Sans réponse, il quitte la salle.

Une fois les Allemands partis, Eisenhower rejoint la délégation alliée. Il refusait de les voir, sans doute pour ne pas s’emporter de colère pour les crimes que les soldats sont en train de découvrir à travers l’Allemagne. C’est l’euphorie dans la salle. Le général Eisenhower prend même les stylos qui ont servi à signer la capitulation pour faire un « v » de la victoire. L’image est immortalisée par la quinzaine de journalistes présents.

 

Le shaef apres la signature de la capitulation allemande a reims

Membres du grand quartier général des forces alliées en Europe (SHAEF). De gauche à droite : le général Sousloparov, le lieutenant-général Frederick E. Morgan, le lieutenant-général Walter Bedell Smith, le capitaine Harry C. Butcher, le général Dwight D. Eisenhower (US Army), et le Marshal of the Royal Air Force Arthur Tedder

 

Le 8 mai, l’officialisation de la fin de la fin de la guerre en Europe

Le lendemain, les journalistes ont rapidement diffusée l’information dans les médias. Les gouvernements alliés célèbrent la victoire, notamment Charles de Gaulle qui fait une allocution à la radio en milieu d’après-midi. Mais chez les Soviétiques, Joseph Staline vient troubler la fête. Il veut que la paix soit signée à Berlin, à la fois pour son statut symbolique de capitale allemande mais aussi car elle est alors sous le contrôle de l’URSS.

Une nouvelle délégation alliée est envoyée sur place. Cette fois, c’est le maréchal Georgui Joukov, chef d’orchestre de la reprise de Stalingrad, qui est le grand organisateur. Il fait rassembler les signataires dans une villa de la banlieue berlinoise, à Karlshorst (aujourd’hui transformée en musée de la Paix). Pour les Allemands, Jodl laisse la place au maréchal Wilhelm Keitel (chef de la Wehrmacht), accompagné par von Freideburg, représentant la Kriegsmarine (la marine de guerre) et le général Hans-Jürgen Stumpff pour la Luftwaffe (l’armée de l’air). En face, le maréchal Arthur Tedder, un Britannique, et le général Carl Spaatz, un Américain, s’assoient du côté allié. Pour les Français, François Sevez a été remplacé par le général Jean de Lattre de Tassigny. À sa vue, Keitel se serait exclamé : « Quoi ? Les Français aussi ? ». Ce dernier, pourtant l’un des plus hauts dignitaires de l’armée allemande, obtient aussi un silence pesant lorsqu’il salue l’assistance avec son bâton de maréchal.

 

Delegation allemande le 8 mai 1945

Ensemble de la délégation allemande lors de la capitulation du 8 mai 1945 à Berlin (Wilhelm Keitel est au centre assis). Rue des Archives/©Rue des Archives/PVDE

 

Ce second acte de capitulation est signé peu de temps avant l’heure de la reddition officielle des Allemands prévue à 23h01. Toutefois, pour Moscou, le décalage horaire fait qu’il était 01h01 du matin, le 9 mai. Pour l’URSS, et la Russie par la suite, la paix en Europe a été signée le 9 mai. Ce jour prend le nom de « Jour de la Victoire ». Il est l’occasion de défilés militaires et de moments patriotiques.

Ainsi se termine la Seconde Guerre mondiale en Europe. Dans les pays alliés, c’est l’allégresse. La joie emporte les habitants qui sortent dans les rues pour célébrer. Les armées défilent et des femmes viennent embrasser les libérateurs. Mais la fin de la guerre amène aussi son lot de douleurs avec, en France par exemple, les exécutions sommaires des collaborateurs et les tontes sauvages des femmes qui ont eu des relations avec les soldats et dignitaires allemands. C’est aussi le début des procès contre les chefs. Au procès de Nuremberg (1945 – 1946), les hauts dignitaires allemands sont jugés. Parmi eux, nous pouvons retrouver Keitel et Jodl qui sont reconnus coupables de crimes et pendus. Dönitz est, quant à lui, condamné à 10 ans de prison.

 

Willelm keitel signant l acte de capitulation

Le maréchal Wilhelm Keitel signant l'acte de capitulation le 8 mai 1945. Par Lt. Moore. Restauration d'Adam Cuerden

 

L’histoire d’un jour férié en France

En France, le choix est fait de célébrer la fin officielle de la guerre le 8 mai dès 1946. Cette décision, concrétisée par une loi du 7 mai 1946 qui veut en faire une date de commémorations. Selon la loi, elles doivent avoir lieu le 8 mai s’il s’agit d’un dimanche. Dans le cas contraire, elles doivent être réalisée le dimanche qui suit.

 

8 mai 1945 defile aux champs elysees a paris

Défilé du 8 mai 1945 sur les Champs Elysées à Paris ©DR

 

En 1953, une loi annonce que le 8 mai est désormais un jour férié, afin de permettre aux Français de réaliser et d’assister aux célébrations. Cette loi ne dure cependant que jusqu’en 1959. À ce moment-là, le président Charles de Gaulle décide que les célébrations se décaleront au deuxième dimanche de mai, afin d’éloigner ce jour férié de celui de la fête des travailleurs du 1er mai. En 1975, sur décision du président Valéry Giscard d’Estaing, le caractère commémoratif de la fin de la guerre est supprimé. Il met en avant le désir de collaboration et d’entente entre la France et l’Allemagne et argue que continuer de célébrer la victoire de l’un et la défaite de l’autre nuirait à ce projet. Finalement, en 1981, les célébrations de la fin de la guerre reviennent et sont définitivement fixées au 8 mai, qu’il tombe un dimanche ou non. Ce jour-là est, dès lors, un jour férié et commémoratif.

À Reims, la salle de la signature, ou salle de la Reddition, est aujourd’hui conservée dans son décor d’époque. Des cartes d’état-major ornent toujours les murs, la table et les chaises sont encore à leur place. Dans un soucis de devoir de mémoire, les lieux ont été préservé du temps et les expositions du lieu, transformé en musée en 1985, servent à mieux comprendre le contexte de la capitulation.

 

Salle de la reddition a reims 1

Salle de la reddition dans le musée de Reims © Radio France - Sophie Constanzer

 

Publié par Adrien RASATA, le 8 mai 2026

Sources

Articles internet :

Articles de presse :

Articles Wikipédia :

Vidéos YouTube :

  • 7 mai 1945 : première capitulation de l’Allemagne à Reims – FRANCE 2 – 8 MAI 2015, par la chaîne Nicolas CHATEAUNEUF, mise en ligne le 17 mars 2016 [en ligne] [visionnée le 07/05/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/1EPcf2OweNs
  • Du Nid d’Aigle à la CAPITULATION de l’Allemagne – 8 mai 1945, par la chaîne Musée de l’Armée, mise en ligne le 6 mai 2025 [en ligne] [visionnée le 07/05/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/4tHJRrYDtXw
  • La capitulation de l’Allemagne les 7 et 8 mai 1945 (REIMS & BERLIN), par la chaîne EXALTAK SAS, mise en ligne le 6 mai 2020 [en ligne] [visionnée le 07/05/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/UaVxl94jLyU
  • Le 8 mai 1945 – Karambolage – ARTE, par la chaîne ARTE, mise en ligne le 6 mai 2024 [en ligne] [visionnée le 07/05/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/xkKd-vnnkcI
  • Quel est le jour exact de la capitulation de l’Allemagne nazie en mai 1945 ?, par la chaîne INA Actu, mise en ligne le 8 mai 2025 [en ligne] [visionné le 07/05/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/FKNkkcC4gPw
  • Suicide d’Hitler, 8 mai 45, Hiroshima : comment s’est déroulée la fin de la Seconde Guerre mondiale, par la chaîne france tv, mise en ligne le 6 mai 2025 [en ligne] [visionnée le 07/05/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/unGqoYvCYsI

Crédits images :

  1. Signature de la capitulation allemande le 7 mai 1945 à Reims par Lucien Jonas (1946), musée de Reims. Disponible sur : https://musees-reims.fr/oeuvre/signature-de-la-capitulation-allemande-le-7-mai-1945-a-reims
  2. Evguenia Khaldeï, Le Drapeau rouge sur le Reichstag, photographie prise à Berlin le 2 mai 1945. Disponible sur : https://www.lelivrescolaire.fr/page/53727335
  3. L'amiral Karl Dönitz quittant le haut quartier général allemand à Flensbourg en 1945. Disponible sur : https://www.ww2online.org/image/grand-admiral-karl-d%C3%B6nitz-leaving-german-high-command-headquarters-flensburg-germany-1945
  4. Signature de la reddition le 7 mai 1945. Auteur anonyme. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Signature_de_la_reddition_le_7_mai_1945.jpg
  5. Membres du grand quartier général des forces alliées en Europe (SHAEF). Army Signal Corps Collection. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Allied_Commanders_after_Germany_Surrendered.jpg
  6. Ensemble de la délégation allemande lors de la capitulation du 8 mai 1945 à Berlin. Rue des Archives/©Rue des Archives/PVDE. Disponible sur : https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2015/05/07/26010-20150507ARTFIG00304-rene-bondoux-raconte-la-signature-de-capitulation-allemande-le-8-mai-1945.php
  7. Le maréchal Willelm Keitel signant l'acte de capitulation le 8 mai 1945. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Field_Marshall_Keitel_signs_German_surrender_terms_in_Berlin_8_May_1945_-_Restoration.jpg
  8. Défilé du 8 mai 1945 sur les Champs Élysées à Paris. Disponible sur : https://actu.fr/ile-de-france/paris_75056/8-mai-1945-paris-liesse-feter-victoire_33506891.html
  9. Salle de la reddition dans le musée de Reims © Radio France - Sophie Constanzer. Disponible sur : https://www.ici.fr/infos/societe/une-semaine-de-commemorations-a-reims-pour-se-souvenir-du-7-mai-1945-date-de-la-reddition-allemande-6336449
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