Njinga, reine du Ndongo et du Matamba

Au XVIIe siècle, le Portugal tente de contrôler le sud de l’Afrique depuis leur colonie d’Angola. Malheureusement pour lui, une reine locale, Njinga, est là pour contrecarrer ses plans. Souveraine du royaume du Ndongo et du Matamba, elle a affronté les Portugais pendant près de 40 ans pour sauvegarder son pays de la domination étrangère. Elle les a affrontés diplomatiquement mais aussi sur le champ de bataille afin de sauver son peuple de l’esclavage. Pour son désir de liberté pour son pays, la reine Njnga est entrée dans l’histoire comme l’une des plus grandes souveraines africaines qui a réussi à faire son chemin à travers les récits pour arriver jusqu’à nous. Voici l'histoire passionnante d’une reine qui a dû affronter mille dangers et connu à la fois des succès et aussi plusieurs échecs.

 

Portrait de njinga par achille deveria

Portrait de Njinga du Ndongo par Achille Devéria vers 1830

 

Une princesse royale du Ndongo

Njinga naît au sein de la famille royale du Ndongo en 1581/1582. Son père est le roi Ngola (titre de roi en kimbumdu, la langue du Ndongo) Kiluanji et de la reine Kangela. Elle a un frère aîné, Mbande et plusieurs sœurs. Elle doit son nom au fait qu’elle soit née avec son cordon ombilical enroulé autour du cou. Pour l’époque, il s’agit d’un signe de bonne fortune et d’une grande destinée. Son nom vient du verbe kujinga qui, traduit en kimbundu, veut dire « enrouler » ou « tordre ».

Njinga est particulièrement vive d’esprit, ce qui lui attire les faveurs de son père qui la gâte bien plus que ses autres enfants. Il lui apprend la maîtrise des armes, comme l’arc, la lance et la hache de guerre, spécifique aux membres de la famille royale, mais aussi l’art du gouvernement en la faisant assister à certaines séances de son conseil. Elle gagne ainsi rapidement une bonne compréhension des enjeux politiques du roi. En outre, son père lui fait apprendre le portugais pour lui permettre de comprendre les liens commerciaux qu’il entreprend avec ses lointains visiteurs européens.

Njinga se montre capable d’une grande maîtrise dans la plupart de ces arts, ce qui lui attire l’admiration d’une partie de la cour, au détriment de son frère Mbande, qui la jalouse. Bien que fils aîné, le trône ne lui est pas assuré car les successeurs du Ndongo sont choisis par un collège de nobles. Il craint donc pour son avenir et garde une certaine peur face à sa sœur.

 

Illustration bande dessinee njinga par l onu

Njinga Mbandi par le projet UNESCO Femmes dans l’histoire de l’Afrique (2014)

 

Les premiers temps de la lutte contre les Portugais

Le royaume du Ndongo apparaît au XIVe siècle, bien que les premières mentions écrites ne remontent qu’au XVIe siècle. Il s’est construit par la guerre avec des razzias et des pillages sur ses voisins, en particulier le Kongo, plus au nord. Depuis la capitale de Kabasa, le Ndongo contrôle un vaste territoire allant de la côte atlantique et s'étendant dans l’arrière-pays. Il pratique d’ailleurs l’esclavage avec les populations conquises et les échange dans des marchés régionaux, ce qui lui permet d’engranger un certain revenu. Mais au XVIe siècle, les Portugais viennent perturber la région.

 

Carte du ndongo matamba

Carte des royaumes du Ndongo et du Matamba au XVIIe siècle, au moment de les invasions portugaises

 

À partir du XVe siècle, les Portugais sortent de leurs terres ancestrales européennes pour se lancer à la conquête de l’Afrique et du monde, comme le Brésil, découvert par l’explorateur Cabral en 1500. Ils arrivent au Ndongo en 1560, grâce à une expédition menée par le conquistador Paulo Dias de Novais. Les premiers rapports avec les populations locales sont relativement paisibles. Lorsque l’explorateur est reçu par le roi du Ndongo, ce dernier trouve un intérêt aux relations avec les Européens mais reste prudent et méfiant. Il les autorise à commercer avec les siens mais interdit les Portugais de repartir pour leur pays pendant 5 années. Durant ce temps, Novais et les siens sont hautement surveillés par des gardes et leurs déplacements sont contrôlés.

En 1565, satisfait de la coopération avec les Portugais, le roi du Ndongo autorise Novais à repartir chez lui. Cependant, l’explorateur garde en tête tous les trésors qui se trouvent, ou peuvent se trouver, au Ndongo comme l’or, l’argent, et, surtout, les esclaves qui font une main d’œuvre de choix pour entretenir les plantations dans les colonies américaines. En 1575, lorsqu’il revient, c’est avec une puissante armée qui ravage tout sur son chemin. Les mousquets portugais, inconnus des Africains, font un grand nombre de victimes. Malgré une résistance féroce, les Portugais parviennent à fonder un comptoir commercial sur la côte, São Paulo da Assunção de Loanda, aujourd’hui connu sous le nom de Luanda, la capitale de l’actuel État d’Angola.

 

Presentation des portugais et d un guerrier du ndongo vers 1600

Présentation d'un soldat portugais, d'un guerrier du Ndongo et d'un officier portugais par l'illustrateur Gerry Embleton

 

C’est dans ce contexte tendu que Njinga comprend le danger que représentent les Portugais. Si d’un côté, ils apportent la mort avec leurs armes à feu, ils changent aussi les coutumes et les esprits avec l’arrivée de missionnaires catholiques qui convertissent une partie de la population. C’est d’ailleurs grâce à ces missionnaires que Njinga parvient à apprendre le portugais.

Kiluanji, le père de Njinga, dont les terres ont désormais perdu leur lien avec l’océan, doit reculer vers l’est. Il adopte une posture politique visant à ralentir l’avancée portugaise avec des embuscades lancées sur les convois d’esclaves et certains marchés. Mais pour certains comme Njinga, ce n’est pas assez. Elle aimerait organiser des actions plus concrètes.

 

La lente prise du pouvoir par Njinga

Lorsque le roi Kiluanji meurt en 1617, son fils Mbande (ou Mbandi suivant l’orthographe) réalise pratiquement un coup d’État. Il n’attend pas la décision du conseil des nobles et s’empare du titre de roi. Pour s’assurer le pouvoir, il fait tuer tous les mâles de sa famille et va jusqu’à tuer le fils de Njinga, son neveu, qui était né récemment. Pour rajouter au drame, il fait stériliser ses sœurs de force. À la tête du pouvoir et sans concurrent, Mbande décide d’attaquer ouvertement les Portugais et de reprendre les terres qui lui appartenaient jadis.

Malgré la volonté manifeste du roi de maintenir ses frontières, les armées portugaises, aidées par des milliers de supplétifs africains, sont maîtresses du terrain et repoussent les forces du Ndongo. Les Européens s’allient même avec des peuples locaux comme les redoutables guerriers imbangala, mené par un chef de renom, Kasanje. Ce sont des mercenaires, constitués en différentes tribus indépendantes, venus du sud de la région et connus pour être impitoyables sur le champ de bataille. Ils massacrent, pillent les lieux où ils se trouvent et, ce qui a particulièrement marqué les Européens, pratiquent des sacrifices humains avec des cérémonies anthropophages.

 

Gravure des imbangala par theodor de bry

Gravure représentants des guerriers imbangala par Theodor de Bry (1598)

 

Pour Mbande, la guerre est compliquée car la première année de son règne est marquée par une tragédie. Aidés par les Imbangala, les Portugais parviennent à prendre la ville de Kabasa, la capitale du Ndongo. Contraints à fuir, Mbande et le reste de la cour, dont Njinga, partent s’installer vers l’est, dans des îles, sur le fleuve Cuanza, peut-être celles de Kindonga. De là, Mbande continue la lutte mais il est profondément affaibli.

En 1622, dans une tentative de conclure une paix avec ses ennemis, le roi du Ndongo décide d’envoyer une ambassade à Luanda. Pour la diriger, il choisit, sur les conseils de sa cour, sa sœur Njinga. Sa maîtrise du portugais joua en sa faveur. Elle part avec un cortège impressionnant de plusieurs dizaines de personnes, des serviteurs ainsi que des gardes, prépare ses plus beaux vêtements et parures et fait venir une chaise à porteur pour montrer son statut. Sur son chemin, elle laisse une image durable dans les esprits en aidant les nombreux réfugiés qu’elle croise à se diriger vers le Ndongo pour y trouver la liberté.

Lorsqu’elle arrive à Luanda, elle rencontre le gouverneur João Correia de Sousa. C’est alors que se passe l’un des événements qui a forgé la légende de Njinga. Pour la rencontre entre les deux dignitaires, le Portugais n’avait préparé qu’une seule chaise, la sienne. Pour Njinga, il n’y avait qu’un tapis. L’acte d’humiliation était manifeste et il voulait montrer la supériorité des Européens. Lorsqu’elle découvre le stratagème, au lieu de s’offenser, elle appelle une servante qui se met à quatre pattes et forme une chaise de fortune pour sa reine. Dès lors, les deux personnes peuvent négocier à la même hauteur. Les Portugais furent surpris de la maîtrise de leur langue par Njinga. Ceci s’avéra un atout de choix pour discuter de toutes les subtilités du futur traité de paix. Parmi les nombreuses dispositions souhaitées, Njinga veut mettre un terme à la mise en esclavage de son peuple et à leur trafic vers les colonies portugaises, la pacification des relations entre les deux puissances et la reconnaissance de l’autonomie du Ndongo. En gage de bonne foi, si l’on peut dire, Njinga consent à se convertir à la foi catholique. Pendant les quelques jours où elle était à Luanda, elle s’était liée d’amitié avec une Portugaise, Ana da Silva, chez qui elle logeait le temps de son séjour. C’est d’ailleurs cette dernière qui devient la marraine de Njinga, qui prend alors le nom chrétien de Ana de Sousa, en reprenant le nom du gouverneur qui était devenu son parrain.

 

Njinga et l episode de la chaise de de sousa

Illustration anonyme montrant l'épisode de la rencontre entre Njinga et le gouverneur de Sousa à Luanda

 

La mission à Luanda est donc un franc succès et Njinga repart revoir son frère avec une promesse de paix. Cependant, celle-ci est de courte durée car dès l’année suivante, le conflit reprend entre les Portugais et Mbande. Encore une fois, les alliances entre Portugais et Imbangala fatiguent le Ndongo qui est dans une situation de grande instabilité. La détresse du roi est telle que finalement, en 1624, il décède. Certains avancent un suicide après une longue dépression, d’autres envisagent un assassinat orchestré par Njinga qui ne pouvait plus supporter les échecs de son frère. Quoiqu’il en soit, en 1624, Njinga est la candidate la plus en vue pour reprendre le trône. Malheureusement, Mbande a un fils, qu’il avait envoyé chez le chef imbangala Kaza, qui avait rejoint la cause du Ndongo. En attendant la majorité de l’enfant, Njinga n’est que régente. Cette situation ne dure pas longtemps car le jeune héritier est assassiné sur ordre de Njinga, entre 1624 et 1625. Désormais sans concurrent, Njinga est intronisée reine du Ndongo.

 

Une longue résistance jusqu’à la consécration

Après son ascension au trône, Njinga met en place une politique de lutte constante contre les Portugais et la croissance de leur colonie qui prend le nom d’Angola portugais. En 1626, à la suite d’une nouvelle invasion portugaise, cette fois en assiégeant les îles Kindonga, elle est obligée de fuir vers l’est. Au cours de la bataille, ses deux sœurs sont faites prisonnières, ce qui est un drame sans nom pour Njinga. Elles sont amenées à Luanda pour y devenir servantes. Mais profitant de l’occasion, elles deviennent espionnes et envoient des renseignements à leur sœur. Dans les années 1626-1631, elle arrive dans le royaume de Matamba, voisin du Ndongo, et entame sa conquête. En 1631, elle est officiellement reconnue comme la reine du Matamba et du Ndongo même si elle n’a pas le contrôle direct de son pays natal. Dans ce dernier, les Portugais ont donné le pouvoir à un autre prétendant au trône, Ngola Hari (1624 – 1657) qui est autre qu’un souverain fantoche.

Pour vaincre les Portugais, Njinga renouvelle son alliance avec des chefs de tribus imbangala. Cependant, pour avoir leur soutien, certains chroniqueurs européens rapportent qu’elle aurait renié le culte chrétien et renoué avec des pratiques traditionnelles africaines. Parmi elles, le chroniqueur italien Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, dans son récit Description historique des trois royaumes : Congo, Matamba et Angola, paru au cours du XVIIe siècle, raconte une cérémonie où elle aurait bu le sang d’un nouveau-né, sacrifié dans un mortier. Il est incertain si cet événement a véritablement eu lieu car de nombreux récits européens ont pris le parti de diaboliser les Africains pour justifier la colonisation. Cet épisode, malgré tout, a permis de forger la légende noire de Njinga et, au cours de la fin des années 1620, il est indéniable que la reine du Matamba a renoué avec le culte traditionnel, parfois sous la forme d’un syncrétisme.

 

Njinga a la tete de ses armees

Njinga à la tête de ses armées. Illustration de Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, entre 1650 et 1660,

 

Depuis le Matamba, Njinga organise la lutte contre les Portugais en attaquant les postes avancés mais aussi les circuits d’esclaves. Il est important ici de mentionner que Njinga n’est pas une figure anti-esclavagiste comme le seront certains philosophes des Lumières. L’esclavage existait dans son pays. Cependant, ce dernier était régulé et ne concernait que les prisonniers de guerre (appelés mubika). D’autres avaient un statut servile, proche du serf européen, mais ils étaient attachés à la terre de leur maître et ne pouvaient être vendus, on les appelait les ijiko. Ce sont ces derniers qui sont le plus souvent capturés par les Portugais, ce qui va à l’encontre des règles du Ndongo et donc fragilise le pays car ce sont souvent des agriculteurs, par conséquent, essentiels à l’alimentation du pays et de l’armée de Njinga.

Comprenant que les seules puissances africaines ne pourraient pas venir à bout des Portugais, bien armés et retranchés dans des forteresses comme à Masangano et à Luanda, Njinga fait appel à d’autres Européens, les Hollandais. Au XVIIe siècle, ce sont eux qui dominent le monde, notamment depuis la mise en place de la Compagnie des Indes orientales en 1602. En 1641, les Hollandais arrivent dans la région et prennent la capitale portugaise de Luanda. De là, la contre-attaque de Njinga reprend une partie du territoire du Ndongo. Elle inflige plusieurs victoires décisives aux Portugais comme à Kombi en 1646 et, en 1647, prend le fort de Masangano, l’un des points d’appui des Portugais pour contrôler l’arrière-pays du Ndongo. Ces batailles sont couteuses pour le Ndongo et Njinga. Sa sœur Kambu, libérée en 1633, est de nouveau capturée après la bataille de Kavanga en 1646, ce qui fragilise encore le moral de la reine. De plus, lors de la bataille, les archives de Njinga sont capturées et la correspondance qu’elle entretenait avec les puissances étrangères et ses sœurs est rendue publique. En représailles, Funji est exécutée par les Portugais et son corps est jeté dans un fleuve.

 

Fort de masangano

Fort de Masangano. Véritable verrou portugais au Ndongo, il a été la cible de Njinga pendant de nombreuses années. Pris puis perdu, il a toujours été un défi pour Njinga

 

En 1648, les Portugais font venir une importante armada depuis leur colonie brésilienne, menée par Salvador Correia de Sá, et reprennent le port de Luanda ainsi que leurs terres perdues d’Angola, comme le fort stratégique de Masangano. Ces défaites, couplées à des opérations coûteuses, font que les Hollandais décident de se retirer de l’Angola et laissent Njinga seule face aux Portugais.

Pendant une dizaine d’années, Njinga continue sa guerre contre les Portugais mais avec plus ou moins d’intensité suivant les périodes. La reine du Matamba commence aussi un important effort de négociations. En 1656-1657, les pourparlers entre les deux puissances arrivent à un compromis. Njinga obtient des Portugais la reconnaissance de sa suzeraineté sur le Matamba et son indépendance, obtient la libération de sa sœur Kambu, et une normalisation des relations entre les deux pays. En contreparties, Njinga doit autoriser le passage des missionnaires et marchands portugais. Elle accepte également de revenir dans la foi catholique avec une nouvelle conversion. Ce retour dans le christianisme, en particulier, lui a permis d’obtenir la reconnaissance religieuse et diplomatique du pape Alexandre VI en 1661. Après une longue correspondance entre Njinga et le Saint-Siège, elle devient une puissance qui peut désormais négocier avec les Européens.

 

Bapteme de njinga

Baptême de la reine Njinga. (c. 1830, lithographie, Galerie nationale de portraits de Londres)

 

La fin du règne de Njinga

Une fois la paix sécurisée, Njinga doit maintenant veiller à poursuivre le développement de son royaume du Matamba. N’ayant plus la possibilité d’avoir des enfants, la question de sa succession est d’une importance capitale. Lors de son alliance avec les Imbangala, elle avait dû prendre un époux au sein de la tribu, un certain Njinga a Mona Kaza, qui fut l’un de ses précieux généraux. Ce dernier pouvait obtenir le trône mais Njinga préféra adopter sa sœur Kambu pour en faire son héritière.

Lorsque Njinga meurt en 1663, le pouvoir reste ainsi au sein de sa famille. Sa sœur lui succède avec l’accord de la noblesse du Ndongo. Le mari de cette dernière poursuit son œuvre lorsque Kambu décède à son tour en 1666. S’ensuit alors une crise de succession qui ne prend fin que dans les années 1670. Malgré les nombreuses successions, les Ngola du Matamba garde la mainmise sur leur pays durant tout le XVIIIe siècle. Le royaume ne disparaît qu’en 1832. Il est alors annexé par le Portugal qui l’intègre à sa colonie de l’Angola.

Enterrement de la reine njinga par giovanni antonio cavazzi

Enterrement de la reine Njinga par Giovanni Antonio Cavazzi, XVIIe siècle

 

La bataille des mémoires autour de Njinga

Lorsque l’on parle de reines africaines, peu en Europe ou ailleurs dans le monde ne pourraient citer que quelques noms comme Cléopâtre, Néfertiti ou la reine de Saba. Pour autant, aujourd’hui, Njinga revient dans les mémoires et sort des frontières de l’Angola. Pendant plusieurs siècles, son souvenir s’est perdu mais elle revient au goût du jour au moment de la décolonisation du pays qui accède à l’indépendance en 1975. Njinga est utilisée comme le symbole d’une culture nationale et ses actions passées, notamment la lutte contre la mise en esclavage de son peuple sont des thèmes particulièrement repris par la jeunesse et les penseurs de la décolonisation. Depuis, Njinga est devenue un symbole de l’Angola. Des statues ont été érigées en son honneur comme à Luanda en 1975 et à Kinaxixi en 2002.

Ce réinvestissement dans la mémoire de Njinga est aussi une œuvre d’engagement car certains y associent des combats anachroniques. La reine du Ndongo s’est en effet battue contre l’esclavage de son peuple par les Portugais mais maintenant celui des autres peuples, en particulier les vaincus. Pour les indépendantistes, elle s’est battue pour l’Angola. Or, elle s’est battue pour préserver son royaume de toutes les menaces extérieures, qu’elles viennent d’Europe ou d’Afrique. Ainsi, l’utilisation du personnage pour affirmer une volonté de préserver l’Afrique de la colonisation perd en pertinence.

Également, il convient de mentionner la différence entre ce que les sources africaines disent et ce que les chroniqueurs européens ont décidé de consigner. En effet, beaucoup ont cherché à discréditer les mœurs et décisions de vie de Njinga pour faire valoir le mode de vie des Européens. Par exemple, Njinga n’a pas cherché à s’affirmer comme reine mais comme un roi. Elle portait des habits d’hommes et ses concubins portaient des vêtements féminins. Le harem royal était alors une source de moqueries pour les étrangers qui pouvaient critiquer l’inversion des rôles qu’elle prônait, une sorte de travestissement du pouvoir. Également, les pratiques religieuses de la culture mbundu pouvaient aussi perturber les Européens car il pouvait y avoir des sacrifices humains et animaux. Les chroniqueurs, comme le capucin Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, ont cherché à bestialiser la reine du Ndongo avec des rites anthropophages malgré un manque de preuves de leur part.

Statue de njinga a luanda

Statue de la reine Njinga à Luanda, avec la hache de guerre des Ngolas

Depuis une dizaine d’années, l’histoire de Njinga est réinvestie par les historiens à l’image de Linda M. Heywood, une historienne américaine, qui publie, en 2018, Njinga: Histoire d'une reine guerrière (1582-1663). Son œuvre est aujourd’hui capitale pour comprendre la reine africaine. Un personnage historique qui attire aussi l’attention des médias avec le film Njinga, Rainha de Angola, de Sérgio Graciano qui paraît en 2013. Plus tard, en 2023, la plateforme Netflix décide de créer une série de documentaires mêlée à de la reconstitution intitulée Reines africaines avec la première saison centrée sur Njinga.

 

Scene de la serie njinga 2023

Scène de la séie Reines africaines : Njinga avec Adesuwa Oni dans le rôle principal

 

Publié par Adrien RASATA, le 28/06/2026

Sources

Articles internet :

Articles de presse :

Articles Wikipédia :

Vidéos YouTube :

  • Queen Nzinga – Rise of a Legend – Part 1 – Extra History, par la chaîne Extra History, mise en ligne le 27 avril 2019 [en ligne] [visionnée le 27/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/EBbYxLmCO6c
  • Queen Nzinga – The Double Queen – Part 2 – Extra History, par la chaîne Extra History, mise en ligne le 4 mai 2019 [en ligne] [visionnée le 27/06/2026]. Disponible sur : https://youtu.be/eCQU5FC7ht0

Crédits images :

  1. Portrait de Njinga du Ndongo par Achille Devéria vers 1830. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ann_Zingha.jpg
  2. Njinga Mbandi par le projet UNESCO Femmes dans l’histoire de l’Afrique (2014). Planche extraite du document : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000225510
  3. Carte des royaumes du Ndongo et du Matamba au XVIIe siècle, au moment de les invasions portugaises. Auteur et source inconnus. Disponible sur : https://www.brasildefato.com.br/colunista/historia-publica-narrativas-negras/2023/06/20/cativos-e-livres-nas-garras-da-inquisicao-angola-seculo-xviii/
  4. Présentation d'un soldat portugais, d'un guerrier du Ndongo et d'un officier portugais par l'illustrateur Gerry Embleton. Disponible sur : https://forums.civfanatics.com/threads/kongo-in-renaissance-era.649844/
  5. Gravure représentants des guerriers imbangala par Theodor de Bry (1598). Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:RegCongo12.png
  6. Illustration anonyme montrant l'épisode de la rencontre entre Njinga et le gouverneur de Sousa à Luanda. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Queen_Nzinga_1657.png
  7. Njinga à la tête de ses armées. Illustration de Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, entre 1650 et 1660. Disponible sur : https://www.africanhistoryextra.com/p/the-kingdom-of-ndongo-and-the-portuguese
  8. Fort de Masangano. Véritable verrou portugais au Ndongo, il a été la cible de Njinga pendant de nombreuses années. Pris puis perdu, il a toujours été un défi pour Njinga. Disponible sur : https://www.africanhistoryextra.com/p/the-kingdom-of-ndongo-and-the-portuguese
  9. Baptême de la reine Njinga. (c. 1830, lithographie, Galerie nationale de portraits de Londres). Disponible sur : https://www.liberation.fr/debats/2016/05/25/une-reine-d-angola-du-xviie-siecle-ressuscite-dans-le-quartier-latin_1816918/
  10. Enterrement de la reine Njinga par Giovanni Antonio Cavazzi, XVIIe siècle. Licence Wikimedia Commons. Disponible sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nzinga_regina,_funerale.jpg
  11. Statue de la reine Njinga à Luanda, avec la hache de guerre des Ngolas. Disponible sur : https://culturecongo.com/hommage-a-la-reine-nzinga-figure-de-la-resistance-et-de-la-souverainete-africaine/
  12. Scène de la séie Reines africaines : Njinga avec Adesuwa Oni dans le rôle principal. Disponible sur : https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-747814/photos/detail/?cmediafile=21980063
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